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Recette du lalo haïtien par PHAFO

by Dimitri Jules on 0 Comments

Tutoriel du Lalo par PHAFOFOOD

Le lalo, c'est un plat qui ne fait pas de bruit mais qui ne s'oublie pas. Ces feuilles vert sombre, mijotées lentement avec un combo classique terre et mer (bœuf + crabe ou crevettes), donnent une texture unique (dense, presque veloutée, légèrement gluante) et un goût profond, terreux, qui rappelle l'Afrique de l'Ouest et l'Égypte ancienne. Avec la Marinade Grangou, on garde toute la profondeur de l'epis traditionnel sans avoir à le préparer soi-même. Spécialité du Sud d'Haïti, particulièrement de Jacmel et des Cayes, le lalo est l'un des plats les plus africains de notre cuisine, un fil direct entre nos racines et nos marmites.


Ingrédients pour 6 personnes ou 3 personnes affamées

  • 500 g de feuilles de lalo (jute, Corchorus olitorius) — surgelées plus faciles à trouver, fraîches en saison. Disponibles dans les épiceries antillaises et africaines
  • Combo terre et mer (traditionnel, mais au choix) : 500 g de bœuf à mijoter en cubes + 250 g de crevettes ou de chair de crabe
  • 3 cuillères à soupe de Marinade Grangou (epis)
  • Le jus de 2 limes (pour nettoyer la viande)
  • 3 cuillères à soupe d'huile
  • 1 oignon émincé
  • 1 poireau émincé
  • 3 gousses d'ail écrasées
  • 2 branches de thym frais
  • 3 clous de girofle
  • 1 piment scotch bonnet entier (optionnel)
  • 500 ml à 1 litre d'eau ou de bouillon
  • Sel et poivre noir au goût

Composition Phafo Marinade Grangou et ingrédients du lalo


Préparation de la recette

Faire du lalo, c'est pas très compliqué, mais ça demande du temps. C'est un plat de patience.

1. Préparer le lalo. Surgelé (le plus accessible) : laisser décongeler. Frais (en saison) : laver soigneusement, retirer les tiges dures et hacher très finement — traditionnellement à la main, mais le mélangeur fonctionne aussi pour gagner du temps. Le lalo doit être très finement haché pour bien fondre dans la sauce.

2. Bien laver la viande au jus de lime et à l'eau, éponger. Dans un grand bol, mélanger le bœuf avec 2 cuillères de Marinade Grangou, le poireau émincé, le jus de lime, du sel et du poivre. Laisser mariner pendant que vous préparez le reste (au moins 20 minutes).

3. Dans une grande casserole à fond épais, faire chauffer l'huile à feu vif. Saisir les cubes de bœuf de tous les côtés pour les colorer (3 à 4 minutes). Réduire à feu moyen, ajouter l'oignon et l'ail, faire suer 5 minutes en grattant le fond pour récupérer les sucs.

4. Ajouter le thym, les clous de girofle et la cuillère de Marinade Grangou restante. Couvrir d'eau ou de bouillon (environ 500 ml), ajouter le piment scotch bonnet entier si désiré. Couvrir et laisser mijoter 1 heure à 1 h 30, jusqu'à ce que la viande soit tendre.

5. Quand le bœuf est tendre, ajouter le lalo haché et bien mélanger. Le mélange va paraître liquide au début, c'est normal. Couvrir et laisser cuire à feu moyen-doux pendant 30 à 45 minutes en brassant régulièrement. Le lalo va épaissir progressivement et prendre une consistance veloutée.

6. Ajouter les crevettes ou le crabe dans les 10 dernières minutes de cuisson, juste pour qu'ils cuisent sans devenir caoutchouteux. C'est ce mariage terre et mer qui fait la signature du vrai lalo. Goûter, ajuster le sel, retirer le piment et le thym. Servir bien chaud sur du riz blanc ou du riz collé, accompagné de Pikliz Phafo. Voilà, bon appétit!


L'histoire derrière le lalo

Le lalo, c'est l'un des ponts les plus directs entre Haïti et l'Afrique. Botaniquement, le Corchorus olitorius, nos feuilles de lalo, est exactement la même plante que la molokhia égyptienne, l'ewedu nigerian, le saluyot philippin. C'est une feuille verte qu'on cultivait déjà dans le bassin du Nil il y a plus de 4 000 ans : les pharaons en mangeaient. Quand les esclaves africains ont été déportés vers Saint-Domingue, ils ont apporté les graines avec eux. Et le lalo a pris racine dans le sol haïtien comme il avait pris dans celui d'Afrique de l'Ouest avant.

Le lalo est avant tout un plat du Sud d'Haïti. À Jacmel, aux Cayes, à Petit-Goâve, c'est un plat totem. La version traditionnelle est un combo terre et mer : du bœuf qui mijote longtemps, et du crabe ou des crevettes qu'on ajoute en fin de cuisson. Cette dualité vient des régions côtières du Sud, où la viande de bouchere et les fruits de mer étaient tous deux disponibles. Mais chaque famille a sa version : certains le préfèrent juste avec du crabe, d'autres avec du porc fumé ou du hareng saur. Toutes les versions partagent une même logique : le lalo est un plat de longue cuisson, qui demande de la patience, et qui est servi sur du riz, jamais en accompagnement.

Sa texture légèrement gluante étonne souvent ceux qui le goûtent pour la première fois. C'est exactement la même propriété mucilagineuse qui rend l'okra (gombo) si caractéristique. Cette texture, loin d'être un défaut, est considérée comme l'une des grandes vertus du plat : elle aide la sauce à lier le riz, et elle a la réputation traditionnelle d'être nourrissante au sens fort. Un plat qui restaure les forces après la maladie, après un accouchement, après un long voyage.

Dans la diaspora, le lalo est devenu plus rare. Il faut savoir où trouver les feuilles (le surgelé sauve la mise hors saison), accepter la longue cuisson, ne pas être intimidé par sa texture inhabituelle. Mais c'est exactement ce qui en fait un plat trésor : il récompense ceux qui prennent le temps. Avec la Marinade Grangou, on contourne au moins l'étape fastidieuse de l'epis fait maison. Reste juste à trouver les feuilles, allumer la marmite, et laisser le temps faire son œuvre. Le lalo, c'est un voyage, dans le Sud d'Haïti, dans les mémoires africaines, dans la patience qu'on n'a souvent plus. Mais qu'on retrouve toujours quand le plat est servi.

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